Sunday, July 09, 2006

Volver de Pedro Almodovar : Hommage à la mère

 
Volver, au-delà de sa superbe forme plastique, constitue un hommage à la Mère, à son rôle structurant et protecteur. Dépeinte sous diverses formes par Pedro Almodovar, jeune ou âgée, souvent seule face à ses responsabilités, elle constitue un filigrane, un fil conducteur omniprésent, un référent. Mère fantôme, mère « réincarnée », jeune mère, mère qui aurait pu l’être, ces personnages féminins convergent vers l’essence de la Mère absolue. La force de Pedro Almodovar est de constituer grâce à ses différents personnages un subtil puzzle dont chaque pièce est une représentation partielle de la Mère jusqu’à laisser au spectateur le soin de reconstituer l’ensemble du puzzle.
Il est compréhensible que les jurés du Festival de Cannes 2006 aient eu à cœur de récompenser l’ensemble des actrices du film, tant elles constituent un groupe, une entité, et que, toutes remarquables, elles contribuent à louer la Mère. Il a été fait reproche au jury du Festival de ne pas assumer une décision plus tranchée, en ne distinguant pas les actrices de façon différenciée, mais n’a-t-il pas été subjugué par cette vision kaléidoscopique de la Mère qui ne pouvait donc être défaite sans l’altérer ? Prendre cette décision relevait d’ailleurs bien plus à honorer le cinéaste, assembleur éclairé de cet ensemble de personnalités, qu’à honorer chacune des actrices. Le reproche provenait sûrement plus du fait qu’il serait grand temps que Pedro Almodovar soit honoré de la Palme d’Or, tout simplement, plutôt que par petites touches successives…

© Copyright 2006 Bruno-Stéphane

Wednesday, June 14, 2006

Volver de Pedro Almodovar : le mâle mis à mal

photo © Copyright BSLB 2006

Pedro Almodovar n’a jamais hésité à aborder des sujets graves, dérangeants ou douloureux. Il les aborde toutefois sans provocation gratuite, et surtout avec un regard d’une profonde humanité : cette approche, ce regard, rend tout sujet supportable, quelle que soit sa crudité.

Dans ses dernières réalisations, le mâle n’est pas à la fête ! soit d’une façon approfondie et appuyée, comme dans « La mauvaise éducation », soit d’une façon expéditive, comme dans « Volver ». Les lâchetés, les vices, la pauvreté du cœur, l’égocentrisme, la médiocrité, la banalité et la vulgarité de certains personnages masculins sont traités à la façon du peintre en quelques touches virtuoses, radicales et suffisantes, pour mieux expédier au sens propre et au sens figuré le mâle de service. Géniteur obligatoirement, mais très vite inutile car tellement inapte. Le réalisateur dépeint le mâle de la fin du 20ème siècle et du début de ce siècle dans son plus parfait déclin, en termes d’autorité, de panache et de brio, et jusqu’au degré du pur anti-héros, hélas dénué dans ses faiblesses de toute capacité à séduire encore.

Ceux qui croyaient que le petit bout de chair qui leur sert de tuyau restait un avantage d’une grande supériorité sur le genre opposé peuvent se rhabiller ou aller faire illusion auprès de celles et ceux qui veulent bien encore leur renvoyer tel un miroir ce mirage narcissique…

Le bouleversement des codes et des modèles proposé par le réalisateur n’est pas qu’un rêve de cinéaste, il est une réalité exposée, démontrée. Pedro Almodovar est brillant, intelligent, sensible dans cet exercice : il distribue de la virilité et de la féminité aux hommes et aux femmes, brouillent les cartes, brouillent les pistes, amène à l’essentiel de la réalité humaine dans ses complexités de l’âme, ses paradoxes, ses pluralités.

Pedro Almodovar aborde la complexité humaine comme personne : il va droit au but, il touche au cœur. Et les âmes sensibles le remercient, immensément .

© Copyright 2006 Bruno-Stéphane

Sunday, June 04, 2006

Volver de Pedro Almodovar : une immense sensibilité

photo © Copyright BSLB 2006

Quelle merveille que le talent de Pedro Almodovar pour illustrer et incarner par le cinéma un monde d’une immense sensibilité ! Tout sur ma mère et La mauvaise éducation avaient déjà démontré, pour ses plus récentes réalisations, combien Pedro Almodovar était à même de percer à nu l’âme humaine et d’en assurer une transcription lisible, visible, par l’entremise de personnages. Aucun sujet n’est tabou dès l’instant où nous en sommes profondément habité, que ce sujet soit un moteur de vie ou un élément de lutte ce qui parfois revient au même.
L’exercice auquel se confronte Pedro Almodovar est risqué : s’il le réussit, c’est que, toujours et imperturbablement, il fait appel à sa propre sensibilité pour l’approcher, apporte un regard d’une extrême indulgence et d’une extrême tendresse, et en cela fait preuve d’un profond humanisme. Il se sert de la théâtralisation des vies humaines non pas contre l’être humain, mais à son bénéfice.

Il est tout aussi clair que le cinéaste, à l’évidence, puise, comme souvent nombre de créateurs dignes de ce terme, dans l’univers de l’enfance et des émotions traversées durant l’enfance.
Nombre de détails deviennent ainsi des citations plus ou moins cachées, plus ou moins discrètes, plus ou moins décodables, à ce monde de l’enfance et à ce qu’il véhicule. Quel secret est le sien d’être capable d’insérer ces éléments comme un maillage qui participe de l’émotion et de la mise en perspective. Comme le musicien va pincer une corde d’une telle façon qu’elle va entrer en résonance, une vibration qui n’est pas seulement la sienne propre mais qui va entrer en vibration avec un élément émotif qui nous est propre. Un objet, une couleur, un élément de décor, un accessoire.

C’est fasciné que j’ai ainsi vu apparaître dans Volver une mini scène, vraisemblablement de quelques secondes seulement, mais qui a fait mouche, où en gros plan il nous est montré le démoulage d’un flan aux œufs cuit à l’ancienne. Le moule, l’assiette, l’assiette sur le moule, le renversement de l’ensemble, le flan démoulé dans l’assiette. Simple, anecdotique, insignifiant. Sauf, que j’y ai vu un hommage à la mère, à la mère qui vous nourrit, à l’observation qui est celle de l’enfant quand la mère fait la cuisine : sauf que j’y ai vu avec des accessoires identiques, datés à l’identique sans doute pour des raisons de génération, la grand-mère que j’ai aimée préparer avec amour et tendresse le même flan aux œufs avec la même recette.
Chapeau bas ! Seul Pedro Almodovar est capable de pareil clin d’œil pétri d’émotion et de souvenir tendre.

© Copyright 2006 Bruno-Stéphane

Monday, May 29, 2006

Volver de Pedro Almodovar : primé au Festival de Cannes

photo © Copyright BSLB 2006

Heureusement, le film de Pedro Almodovar sort du Festival de Cannes avec le minimum de prix qu’il mérite amplement. Le jury aurait même dû se montrer bien plus généreux, compte tenu du talent et de l’humanisme dont fait preuve le cinéaste de longue date. Combien de films encore et combien de temps avant que Pedro Almodovar ne soit justement récompensé à Cannes ? alors que Tout sur ma mère aurait déjà dû le voir couronné par la Palme d'or …

Prix du scénario – Prix d’interprétation féminine aux six actrices : Pénélope Cruz, Carmen Maura, Lola Duenas, Blanca Portillo, Yohana Cobo, Chrus Lampreave.

Saluer l’ensemble de ces actrices, c’est bien saluer l’art de Pedro Almodovar qui comme un orfèvre dispose d’un immense talent pour évoquer la Femme dans toutes ses dimensions et représentations.

© Copyright 2006 Bruno-Stéphane

Thursday, May 25, 2006

Volver, dernier film de Pedro Almodovar : en France

photo © Copyright BSLB 2006