Volver de Pedro Almodovar : le mâle mis à mal
Pedro Almodovar n’a jamais hésité à aborder des sujets graves, dérangeants ou douloureux. Il les aborde toutefois sans provocation gratuite, et surtout avec un regard d’une profonde humanité : cette approche, ce regard, rend tout sujet supportable, quelle que soit sa crudité.
Dans ses dernières réalisations, le mâle n’est pas à la fête ! soit d’une façon approfondie et appuyée, comme dans « La mauvaise éducation », soit d’une façon expéditive, comme dans « Volver ». Les lâchetés, les vices, la pauvreté du cœur, l’égocentrisme, la médiocrité, la banalité et la vulgarité de certains personnages masculins sont traités à la façon du peintre en quelques touches virtuoses, radicales et suffisantes, pour mieux expédier au sens propre et au sens figuré le mâle de service. Géniteur obligatoirement, mais très vite inutile car tellement inapte. Le réalisateur dépeint le mâle de la fin du 20ème siècle et du début de ce siècle dans son plus parfait déclin, en termes d’autorité, de panache et de brio, et jusqu’au degré du pur anti-héros, hélas dénué dans ses faiblesses de toute capacité à séduire encore.
Ceux qui croyaient que le petit bout de chair qui leur sert de tuyau restait un avantage d’une grande supériorité sur le genre opposé peuvent se rhabiller ou aller faire illusion auprès de celles et ceux qui veulent bien encore leur renvoyer tel un miroir ce mirage narcissique…
Le bouleversement des codes et des modèles proposé par le réalisateur n’est pas qu’un rêve de cinéaste, il est une réalité exposée, démontrée. Pedro Almodovar est brillant, intelligent, sensible dans cet exercice : il distribue de la virilité et de la féminité aux hommes et aux femmes, brouillent les cartes, brouillent les pistes, amène à l’essentiel de la réalité humaine dans ses complexités de l’âme, ses paradoxes, ses pluralités.
Pedro Almodovar aborde la complexité humaine comme personne : il va droit au but, il touche au cœur. Et les âmes sensibles le remercient, immensément .
© Copyright 2006 Bruno-Stéphane


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