Sunday, June 04, 2006

Volver de Pedro Almodovar : une immense sensibilité

photo © Copyright BSLB 2006

Quelle merveille que le talent de Pedro Almodovar pour illustrer et incarner par le cinéma un monde d’une immense sensibilité ! Tout sur ma mère et La mauvaise éducation avaient déjà démontré, pour ses plus récentes réalisations, combien Pedro Almodovar était à même de percer à nu l’âme humaine et d’en assurer une transcription lisible, visible, par l’entremise de personnages. Aucun sujet n’est tabou dès l’instant où nous en sommes profondément habité, que ce sujet soit un moteur de vie ou un élément de lutte ce qui parfois revient au même.
L’exercice auquel se confronte Pedro Almodovar est risqué : s’il le réussit, c’est que, toujours et imperturbablement, il fait appel à sa propre sensibilité pour l’approcher, apporte un regard d’une extrême indulgence et d’une extrême tendresse, et en cela fait preuve d’un profond humanisme. Il se sert de la théâtralisation des vies humaines non pas contre l’être humain, mais à son bénéfice.

Il est tout aussi clair que le cinéaste, à l’évidence, puise, comme souvent nombre de créateurs dignes de ce terme, dans l’univers de l’enfance et des émotions traversées durant l’enfance.
Nombre de détails deviennent ainsi des citations plus ou moins cachées, plus ou moins discrètes, plus ou moins décodables, à ce monde de l’enfance et à ce qu’il véhicule. Quel secret est le sien d’être capable d’insérer ces éléments comme un maillage qui participe de l’émotion et de la mise en perspective. Comme le musicien va pincer une corde d’une telle façon qu’elle va entrer en résonance, une vibration qui n’est pas seulement la sienne propre mais qui va entrer en vibration avec un élément émotif qui nous est propre. Un objet, une couleur, un élément de décor, un accessoire.

C’est fasciné que j’ai ainsi vu apparaître dans Volver une mini scène, vraisemblablement de quelques secondes seulement, mais qui a fait mouche, où en gros plan il nous est montré le démoulage d’un flan aux œufs cuit à l’ancienne. Le moule, l’assiette, l’assiette sur le moule, le renversement de l’ensemble, le flan démoulé dans l’assiette. Simple, anecdotique, insignifiant. Sauf, que j’y ai vu un hommage à la mère, à la mère qui vous nourrit, à l’observation qui est celle de l’enfant quand la mère fait la cuisine : sauf que j’y ai vu avec des accessoires identiques, datés à l’identique sans doute pour des raisons de génération, la grand-mère que j’ai aimée préparer avec amour et tendresse le même flan aux œufs avec la même recette.
Chapeau bas ! Seul Pedro Almodovar est capable de pareil clin d’œil pétri d’émotion et de souvenir tendre.

© Copyright 2006 Bruno-Stéphane

0 Comments:

Post a Comment

<< Home